sage ou insensé?
Ignace se moque de lui-même ! Et nous fait découvrir le paradoxe de sa sagesse proverbiale. Lui, l'élégant chevalier à la cour du Vice-Roi de Navarre, s'était trouvé défiguré par une blessure... à la jambe au siège de Pampelune (1521) et avait tenu à être opéré de nouveau pour que sa jambe ait meilleure allure... Mais, converti sur son lit de malade, il quitte tout, désire être regardé alors comme un « fou pour le Christ », et agit comme tel : à un mendiant il laisse son habit de chevalier et endosse un froc en toile de sac afin de devenir pèlerin et mendiant à son tour (cf. Exercices spirituels, n. 18). Sans doute-il avait besoin alors de "sentir" la différence avec son ancien état de vie. Il dut abandonner cette défroque lors de ses études, et il comprit que « l'habit ne fait pas le moine ». Il choisit alors la voie de la modestie, d'un juste milieu qui lui permet d'être à l'aise autant dans les ors des palais pontificaux que dans les bas-fonds de Rome, auprès des pouilleux.
Le conseil qu'il donne ici consiste à refuser l'illusion, à se défaire de toute sorte d'extravagance, qu'elle soit matérielle ou spirituelle. Etre vrai, en se regardant soi-même à travers les lunettes de Dieu. Un chemin de pureté, débarrassé des scories du paraître et de la vanité. C'est la véritable sainteté, partant du regard que Dieu porte sur chacun de nous. Sainteté dans la simplicité du coeur qui rejaillit dans les relations avec les autres.
Cette peinture rejoint l'intuition artistique de G. Rouault, qui dans sa série du "Cirque", peint les clowns sous toutes les facettes, laissant discerner combien la misère humaine peut se cacher derrière les paillettes et les visages grimés, mais laissant aussi affleurer le mystère de l'incarnation du Christ.
FRANCIOSI, p. 73, n. 13

